Au milieu de ce trouble, arrêtons-nous (un instant) et jouons dans le noir


Lignes artistiques


Une création contemporaine au parfum Baroque


Jean Duvignaud rapprocha, dans son ouvrage Baroque et kitsch, ces deux courants, nés tous deux d’une époque troublée (le kitsch étant d’après lui, l’actuel) où la multitude de nouvelles informations a poussé la perte du sens.
L’idée du baroque était que « tout tourne autours d’un centre vide », nous n’en sommes pas loin aujourd’hui. Mais ce vide, ce sentiment de rien qui nous envahit quelquefois ne nous empêche pas, comme à l’époque baroque, de créer encore.
Cela ne nous a pas ôté l’envie d’imaginer, de rire, de nous enfermer dans les boîtes noires que sont les théâtres et d’y inventer des histoires sans nous prendre au sérieux, avec générosité et avec notre imaginaire contemporain. C’est cela que nous voulons mettre en avant dans cette création. Une création car nous nous sommes basés sur la pièce Dans le noir de l’auteur belge contemporain Régis Duqué et nous l’avons revisitée.
Pourquoi Dans le noir? Car dans cette pièce aussi, les histoires se multiplient et s’entrecroisent. Les hommes tournent autours d’un centre, une femme - ou plutôt son stéréotype – vide de réelles envies, de réels sentiments. Un centre vide.
Dans cette comédie-thriller kitsh/baroque , quatre comédiens joueront cinq personnages : Betty, Tom, Jerry, Donald et Daffy.
Deux niveaux de jeu rythmeront la pièce, tous deux libérés mais l’un servira l’histoire, l’autre les moments de relâchement où des acteurs sortent de l’histoire et servent celle racontée d’autres acteurs ou écoutent simplement ou font encore tout autre chose.
Dans ce mélange baroque d’ambiances toutes les deux remplies d’humour et de second degré, une histoire se dessine : des hommes tournent autours d’une femme, s’en rapprochent jusqu’à la fin de l’histoire où ils atteignent soit la mort soit la fin (de la pièce), donc le vide, le rien.


« Dans le noir » revisité


Nous avons voulu accentuer le jeu chronologique de simultanéité inhérent au texte. Nous avons donc recoupé les scènes en diverses parties et avons mêlé le tout.
Cela donne un montage d’instants où l’on passe d’une réalité à l’autre de façon très rapide, une sorte de puzzle où les pièces s’assemblent au fil de la pièce, un peu comme dans le film Pulp Fiction de Quentin Tarantino.
Ce texte réorganisé, amène un effet rythmé qui pousse le spectateur à plonger toujours plus profondément dans l’histoire.


Une scénographie en trois couleurs et en chantier


Le rouge, le noir et le blanc. Nous avons opté pour une scénographie basée sur ces trois couleurs fondamentales au genre noir, genre auquel appartiennent les thrillers.
Cette option donne un effet d’unité dans le décor en chantier : des câbles vont et viennent, des chaises traînent sur scène ainsi qu’une baignoire, un rétroprojecteur, des instruments de musique… mais, malgré tout, ces éléments sont unis par leurs couleurs.
Et petit à petit, une cohérence naît de cet apparent désordre. Et l’image du chantier donnée au début du spectacle se fait oublier car, au fil de la représentation, entre les câbles, des espaces se dessinent et l’on se rend compte, quand on approche de la fin, qu’ils étaient là dès le départ et qu’ils représentent finalement de manière très concrète la situation des personnages les uns par rapport aux autres.


Un laboratoire


La pièce sera mise en scène de façon à ce que le public aie l’impression qu’elle se construit en direct par des « comédiens-laborantins » désireux d’expérimenter quelque chose avec et pour le public.
Cette impression sera amenée par le décor qui se constituera en direct et par les scènes de tension et de relâchement.
En effet, celles-ci amènent une idée de distanciation du comédien par rapport à son-ses rôle(s). Une distanciation libératrice que nous voulons explorer au cours de notre travail pour que chaque soir le jeu soit un peu différent, que les comédiens se surprennent les uns les autres pour servir le plaisir de jouer, de la mise en danger. Pour que le public soit face, tous les soirs, à un spectacle neuf.



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